La clarté Bantigny

Les « XXe siècle » français - La France et les Français de 1914 à nos jours - 

Ludivine Bantigny – ellipses – Avril 2006 – ISBN 9782729825614 


Écoutant d'une oreille à la fois distraite et agacée, une émission de Marc Weitzmann sur France Cul où un néo-philosophe camouflait des pensées simplettes et réactionnaires dans un maelstrom de faits et de concepts disparates, je fus frappé par l'intervention claire et précise d'une historienne, Ludivine Bantigny. J'ai donc emprunté le seul livre de cette auteure existant dans ma médiathèque. La France et les Français de 1914 à nos jours, quatre-vingt-onze ans d'histoire de France, deux guerres mondiales et trois républiques en cent-quatre-vingts pages, un bel exploit de concision et de clarté.
Elle distingue trois phases, la première ou la guerre totale créera l'état qui s'occupe de tout, la deuxième issue de la défaite de la France et de ses élites où l'état keynésien régnera en maitre, et la dernière en 1970 ou le retour d'un libéralisme décomplexé va reconstruire, – ou détruire ? –, la société française. Le livre s'arrête en 2005, après le referendum sur l'Europe qui montre la fracture entre les plus vieux et les plus instruits, partisan d'une dissolution de l'état nation et les plus jeunes et les moins formatés, curieusement nostalgiques de valeurs antiques.
Ce livre semble conçu pour un public scolarisé au lycée, terminales ou préparatoires. Mais il s'avère aussi passionnant pour les férus d'histoire et les inquiets du lendemain, car cette mise en perspective du siècle qui a bouleversé le plus la sociologie française est tout à la fois riche d'enseignement et fécond pour penser le devenir de cette nation déclinante. J'attendrai patiemment la fin du confinement pour continuer ma fréquentation de cette historienne pleine de talents.

Extraits :

1940-1945 : les années de tourmente (page 73). Le journal catholique La Croix peut ainsi proclamer : « La France sans Dieu a vécu ». Le régime revendique un retour à l'ordre moral, par la référence appuyée aux valeurs chrétiennes.

Une République fragile dans une société modernisée (page 103). Lorsque se dessinent les élections de janvier 1956, Mollet fonde le Front républicain, sorte de rappel du Front populaire. Son gouvernement instaure la troisième semaine de congés payés et, pour les personnes âgées, un Fonds national de solidarité financé par la « vignette » automobile.

L'ère gaullienne (page 116). Cette ère est donc marquée par le charisme, la puissance du « verbe » gaullien, mais aussi par le sens tactique et la lucidité politique du Général de Gaulle. Son idéal réside dans la grandeur et l'indépendance nationale : il s'agit de redonner à la France un statut de grande puissance. C'est pourquoi de Gaulle ne saurait défendre une Europe supranationale.

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